JARNAC-CHAMPAGNE
Photo:
internet
Très curieuse église inscrite pour partie (abside
et
transept) aux Monuments Historiques et pour le reste à
l'Inventaire Supplémentaire. Elle se distingue des autres
églises intéressantes de la Saintonge par un
certain
nombre de particularités exceptionnelles et inattendues qui
se
rencontrent là et nulle part ailleurs.
Particularités
où il faut sans doute voir le travail d'un atelier
étranger à la région, car si la
paroisse
dépendit longtemps de l'Abbaye de
Saint-Jean-d'Angély, la
cure fut jadis à la présentation de
l'Abbé de
Charroux (Vienne).
Construite dans la deuxième moitié du XIIe
siècle,
elle eut à subir de graves mutilations au cours des guerres
du
Moyen Age. Toute son élévation
méridionale, sa
façade et son ancien clocher furent abattus. La partie Sud
reconstruite d'abord, fut complétée au
siècle
dernier (en 1861) par l'adjonction d'un clocher avec flèche
de
pierre dont la base forme porche d'entrée. Le mur Nord de la
nef
et le bras septentrional du transept portent les traces (reprises et
arcs murés), des nombreuses réparations et
modifications
qui y furent effectuées.
Le chevet seul est parvenu intact jusqu'à nous.
Ce chevet demi-circulaire, un peu exigu, est très beau.
Divisé en nombreuses aires étroites toutes
séparées par des colonnes ou des groupes de
colonnes
à chapiteaux très (trop peut-être)
fouillés
et à fûts en partie ornés, il est
recouvert d'une
toiture pointue inhabituelle. Les colonnes sont réunies en
tête par des arcs brisés revêtus de
dents de scie et
de motifs divers. La décoration de ce chevet, abondante et
variée, accuse dans son ensemble un peu de
mièvrerie;
c'est du roman de fin d'époque.
Le bras septentrional du transept avec ses angles amortis en colonnes
est remarquable.
Deux de ses faces sont garnies d'une jolie ligne de modillons
avec fleurs dans les intervalles, modillons traités
cependant
sans grande finesse. Plus curieuse est la troisième, celle
qui
regarde le Nord, avec son appareillage en zig-zag et surtout sa
fenêtre. Le cintre de cette fenêtre
appuyé sur deux
colonnettes à chapiteaux chargés de feuillages a
reçu une décoration unique en son genre. Un
cordon
bizarrement travaillé borde une double garniture de larges
demi-disques opposés, qu'un sillon profond sépare
d'une
voussure tout entière occupée par une suite de
gros cubes
creusés en créneaux. Cette fenêtre
ainsi
traitée n'est certes pas plus belle que d'autres, mais elle
est
à coup sûr beaucoup plus originale. Tout
à
côté, autre fantaisie. Le pignon obtus qui la
surmonte et
l'encadre est liseré d'un bandeau non de perles ou d'oves,
mais
très exactement de châtaignes accolées.
L'intérieur, couvert d'un plafond de bois, compte trois nefs
précédées par une large tribune
à
balustrade et séparées par de hauts piliers
carrés, entre lesquels se tendent de grands arcs en
plein
cintre. Des colonnes à petits chapiteaux chargés
de
feuillage, adossées à des pilastres peu
saillants,
limitent les six travées percées chacune d'une
fenêtre sans autre décoration que des colonnettes
aux
angles.
Le chevet très orné : banquette circulaire,
colonnes
à chapiteaux divers (un combat entre deux hommes
armés,
l'un d'un bouclier, l'autre d'un bâton) continue la
série
des singularités. Les trois fenêtres de l'abside
sont en effet, séparées par des colonnes
à
nulles autres pareilles.
Unies sous un même chapiteau, elles sont trois fois dans leur
hauteur, nouées ou croisées en X. L'imagier de
Rioux,
pourtant inventif, n'avait pas imaginé pareille combinaison.
Ces
colonnes s'appuient sur une petite corniche ornée de
demi-besants opposés au-dessous de laquelle
s'étagent
plusieurs rangées de gros et courts cylindres
placés
côte-à-côte, qui font penser
à des
boîtes de conserves empilées sur les rayons d'un
magasin.
Les tronçons de cyclindres verticaux sont en honneur dans
cette
région, où ils forment souvent de jolis cordons
décoratifs, mais ici il y en a beaucoup!...
L'église de Jarnac-Champagne est placée sous le
vocable de la Transfiguration de Nôtre-Seigneur.
A.D. 2023