Les sculptures romanes

de

Saint Pierre de CHAUVIGNY

en POITOU


Photos de Bernadette PLAS et Alain DELIQUET


Les photos sur ce site peuvent être utilisées exclusivement à des fins non commerciales après autorisation 








La collégiale Saint-Pierre de Chauvigny doit sa réputation aux chapiteaux du chœur.



Les personnages sont peu structurés et exécutés presque en méplat.
Ils ont des visages larges et portent des vêtements tombants.
Ils possèdent, toutefois, une verve puissante et une naïve expressivité dont on ne retrouve qu'un écho affaibli dans les églises de Civaux et de Oyré.

FAISONS les PARLER....puisque le sculpteur nous y invite


A part le diable représenté je retrouve mes repères saintongeais
un régal.....


Commençons par le chapiteau de gauche


Le bras est cassé



Le même personnage est représenté:
à gauche sous l'emprise d'un démon (dont un bras est brisé)
à droite son âme captive

Au centre il est flanqué de deux démons à crêtes et à écailles. Il se transforme en suppôt de Satan.
A gauche son corps est saisi et à droite c'est son âme qui est saisie.

Satan et ses sbires symbolisent toutes les forces qui troublent, affaiblissent, et assombrissent la conscience de Dieu, tout ce qui détourne le croyant de son chemin.
Satan est le roi du monde terrestre et de l'obscurité.
C'est le seigneur des mondes souterrains, là où vivent des êtres rampants,
collés à la terre et incapable de s'élever vers Dieu.
C'est pourquoi le diablotin de droite est  couvert d'écailles et les deux sont munis de crêtes rappelant les serpents et les lézards.
A remarquer que le sculpteur présente un démon couvert d'écailles coté âme nue
et un démon nu coté personnage vêtu.
Le personnage s'est transformé avec une chevelure diabolique et un habit écailleux.
C'est le feu éternel qui l'attend.






Le personnage du centre montre un  livre 
Ce livre se retrouve sur le chapiteau de Jésus dans les bras de sa mère, côté Jésus présenté au temple.
Le livre contient ici 4 points  et une croix de St André
Est-ce le livre de ses actes?



Le ciel est à coté sur le culot du pilier nord-est
Dans le tailloir en haut un entrelacs à 3 fils qui n'a ni début ni fin avec des étoiles ou des fleurs dedans
et le sculpteur insiste avec un autre entrelacs avec seulement 2 fils.
La sirène symbole hautement spirituel évoque le paradis, l'épouse du Christ : l'église.
Les bestioles qui l'entourent sont des volatils habitants traditionnels du ciel
La sirène les tient par le cou.
Ces bestioles sont probablement les élus ou les qualités pour accéder au ciel:
corps de lion (force spirituelle)
têtes d'oiseaux et ailes aux pattes (pour aller au ciel)
Le motif en croix de St André qui se retrouve autour de la tête de la sirène  fait partie d'une spirale
dont on peut voir la naissance avec des carrés sur ou dans l'astragale.
Au fur et à mesure de leur ascencion les carrés grandissent pour finir en "étoiles"
Ce motif en croix ou étoile est-il en lien avec celui qui  se retrouve dans le livre tenu par Satan et celui aux pieds de Jésus au temple ?
.


Revenons au choeur avec ses chapiteaux:



Ces personnages sont représentés par un corps de lion (force spirituelle)
des ailes aux pattes (gagnées pour aller au ciel)
les visages sont humains (non barbus) 
Le cou est démesurément long (esthétique? autre symbole?)
Coiffé d'un bonnet et non du casque de la foi?
La queue symbole de ce qui est ancré au fond de nous est en position de maîtrise mais...
sous l'emprise du Malin
Ce personnage n'a pas réussi sa conversion totale, une partie de lui-même est restée acquise à ses mauvais penchants....
Le cou est couvert d'écailles.




Les 4 côtés du chapiteau sont identiques

Le chapiteau suivant présente des faces différentes:


sur ces 2  faces:


Des lions adossés (sans ailes et il n'en reste que les plaies)
leurs queues enlacées se terminent en coeur sur cette face
Des boules sont dans ses pattes
Est-ce  le symbole de l'homme ancré dans l'amour terrestre?

à droite
Une créature démoniaque à queue de reptile lui dévore la tête
et elle  tient également une boule 
La boule est symbole de l'unité et le sculpteur exprime que cet être est uniquement orienté plaisirs terrestres.

et sur une autre face:



Cet homme est mal parti pour le ciel:
Son corps danse tellement que le sculpteur l'a dédoublé !
Les jambes sont décuplées pour renforcer son ancrage dans le terrestre !
ses actions sont symbolisées par ses mains:
 il tient fermement des léonins (tentations internes ou exogènes)
ceux-ci ont l'emprise sur lui symbolisée par les morsures aux bras
Les queues lancéolées des monstres peuvent indiquer qu'il s'agit d'une emprise à caractère sexuel

sur une autre face:


Toujours pour montrer qu'il s'agit de nous des visages humains sur les bestioles qui nous représentent.
Le corps de lion s'est transformé en corps d'oiseau c'est un progrès pour aller au ciel
(Le personnage s'est allégé il a fait des progrès spirituellement parlant, il est moins ancré dans le terrestre)
Les queues symboles de ce qui est enfoui en nous est cette fois-ci entièrement nourrie de spirituel.
En effet les oiseaux qui souvent s'abreuvent dans un calice becquettent la partie dirigée vers le ciel
les queues semblent bien s'épanouir en feuillage qui est signe de renouveau.



Le sculpteur explicite sur le chapiteau suivant la raison de cette spiritualisation






La barbe démesurée est bifide en coquille creuse symbole vénusien probablement sexuel
La force spirituelle est là matérialisée par le corps de lion
Les ailes sont toujours aux pattes
et la queue en position de maîtrise est en train de donner une baffe à cette tentation représentée par un visage !
Le visage semble féminin mais à l'époque les cheveux longs pour les hommes sont courants!
Le visage exprime la révolte, il  n'apprécie pas et grince des dents

ce visage souffre et exprime la vieillesse avant la mort alors que le barbu à l'air très satisfait et en forme!
il a résisté à la luxure!








Cette autre face diffère par  les formes de la barbe moins bifide 



Vient alors un chapiteau représentant des scènes du nouveau testament:



L'archange  Gabriel annonce à Marie la conception divine.
Gabriel montre du doigt le ciel et tient une croix dans sa main droite sur fond d'aile
Marie exprime avec ses mains son acceptation.
La croix sur fond d'aile est ici symbole du salut pour l'humanité



L'étoile qui a guidé les mages
les 3 rois mages couronnés à genoux présentent leurs cadeaux dans des coupes!
la main de Dieu sortie du ciel
La vierge portant l'enfant Jésus qui exprime sa double nature humaine et divine de sa main droite


 "GOFRIDUS ME FECIT" soit: "Geoffroy m'a fait"
est en place d'honneur au dessus de Marie
c'est donc plutôt le nom du donateur que celui du sculpteur.




L'une des trois  tentations du Christ au désert
Le diable présente une pierre  à Jésus qui a faim pour la transformer en pain 
mais Jésus pointe du doigt le ciel pour exprimer que la véritable nourriture est la parole de Dieu.

Une autre face représente la présentation au temple par "SIMEON" (pas de photo)
"SIMEON - IHS XPS - SANCTA MARIA".

Voici ce qui vient d'être vu dans son cadre vu de l'autel: les 2 chapiteaux de gauche







De l'autre coté du chapiteau à la gifle et dans un rappel de la symétrie de celui-ci voici le contraire du refus
face à la tentation:
C'est le résultat du péché.
La tête du personnage tire la langue comme le font les monstres sûrs de leur affaire.
La langue tirée est le signe ou l'attribut démoniaque. Ce geste exprime l'astuce, et le triomphe du Malin.
Son âme (le personnage nu) se fait dévorée par les passions symbolisées
par un  lion monstrueux à deux corps, à tête diabolique et
à queue de serpent
La force spirituelle en lui (le lion) s'est transformée en force maléfique.



Les autres faces expriment le même message
Ne pas laisser les forces spirituelles se dégrader



La grande BABYLONE
Babylone richement parée qui lève deux coupes
BABYLONE est l'antithèse du royame céleste



à droite commence le chapiteau du jugement




c'est notre jugement intérieur et non pas le jugement dernier qui est évoqué
Saint MICHEL archange tient une balance
l'âme se tient sous son aile droite et sollicite l' ange les mains jointes
les actions sont dans un plateau et le diable "DIABOLUS" (c'est écrit au-dessus)
essaie de faire pencher de son coté la balance il triche comme toujours!

A droite le même chapiteau montre un homme triste et pensif
au pied de "BABILONIA DESERTA"

Entre les deux représentations de babylone sur ce chapiteau
 le sculpteur nous représente nous-même en train de réfléchir !

Sur le chapiteau de gauche bien visible ce qui nous attend si nous faisons le mauvais choix 
au cas où cela nous aurait échappé !







La grande prostituée (BABILONIA MAGNA MERETRIX) qui élève une coupe  et un petit vase (à parfum?)
C'est une image rare dans l'art roman.



 




À gauche sous les murs détruits de babylone l'invitation à réfléchir
et suivre le bon  Pasteur



L'archange "GABRIEL ANGELUS" (c'est écrit dans le nimbe)
  entouré de bergers avec leurs brebis
à droite on peut lire "PASTOR BONUS"  : le bon Pasteur
et au dessus "DIXIT GLORIA IN EXCELSIS DEO"
C'est l'annonce faite aux bergers reprise par le sculpteur pour indiquer
que notre sauveur est venu nous délivrer

Raison pour laquelle j'insiste pour la représentation du jugement précédent comme le choix intérieur à faire.






Des vautours dévorent cette âme perdue sauf pour le Malin.



La boucle est bouclée
en face c'est Satan dont les sbires se sont emparés de l'âme d'un personnage.
Si après ça on ne change pas de vie!
 

Les chapiteaux ont bien parlé !

Il y a une autre alignée plus haut
et plein d'autres chapiteaux dans le déambulatoire ....







L'église Saint-Pierre a été construite au XIIe siècle, en commençant par le chœur. Le clocher a été élevé au début du XIIIe siècle.
Elle est le siège d'un archiprêtre sous l'ancien Régime. Abandonnée à la Révolution, elle est rendue au culte en 1804.
Saint-Pierre est alors le siège du doyenné jusqu'au début du xxe siècle. Il est alors transféré à l'église Notre-Dame, en ville basse.

Très endommagée pendant les guerres de Religion (en 1569) et lors de la Fronde (en 1652), privé d'entretien pendant la période révolutionnaire,
l'édifice a fait l'objet de plusieurs campagnes de restauration au XIX e siècle. Ainsi, les peintures datent de 1856.

L'édifice est classé au titre des monuments historiques en 1846.

_____Dec 2014_____



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