Les sculptures romanes de 

Saint JULIEN du SERRE

en Ardèche



Photos de Bernadette PLAS et Alain DELIQUET


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L'église de Saint-Julien-du-Serre

L'église de Saint-Julien-du-Serre 

ainsi que son historique ont été traités 
sur le site:
http://www.patrimoine-ardeche.com/visites/st_julien_du_serre.htm

Cette remarquable église fut construite dons le courant du XII ème siècle Elle dépendait de l'abbaye monastère de Saint-Chaffre du Monastier, près du Puy-en Velay.
Elle se composait à l'origine, d'une abside prolongée par une nef. A la jonction du chœur et de la nef s'élevait un clocher-mur à double arcade.

La chapelle Sud fut construite en 1510.Elle occulte malheureusement une arcature complète du chevet comme on peut le voir ci-dessus.

Quelques années plus tard fut érigée une autre chapelle côté nord. Celle-ci fut reconstruite en 1855, sur un style néo-gothique, afin d'agrandir et de donner un plan symétrique à l'église.
L'actuelle sacristie, qui fut à l'origine la chapelle Saint-Marc et Saint-Jean, fut bâtie au XVIème siècle. Le clocher actuel fut érigé en 1875. Il contient une seule cloche fondue en 1816.

L'originalité de cette belle église romane réside dans le riche décor sculpté
qu'elle affiche sur ses chapiteaux extérieurs et intérieurs.











"Faisons donc parler ces chapiteaux
ou pour le moins essayons"

LES SCULPTURES du PORTAIL

Chapiteau de St Julien du Serre Dans un premier rang de feuilles lancéolées (symbole phallique)
Dans un V signe du Bélier (symbole de printemps et de vie)
Une tête portant traces de moustaches et de barbe (symbole du vieil homme dans le péché)
Chapiteau de St Julien du Serre

C'est la vie
certes mais sans connotation spirituelle

La vie comme les plantes ou les animaux.
Chapiteau de St Julien du Serre Un personnage  femme au vu des seins et de la coiffure.
Cette dernière semble porter un fichu noué signe de soumission ou respect.
L'allure générale rappelle celle des Sirènes.
Mais  par ses attributs sexuels masculins et l'absence de queue de poisson il ne s'agit pas d'une sirène.
Probablement cette représentation à la fois femme et homme est l' allégorie du couple.
Ce thème sera  repris à l'intérieur de l'édifice.
(Remarque: le visage a été buriné).

Chapiteau de St Julien du Serre
Les mains (symbole des actions) sont deux feuillages (symbole de vie)
mais ceux-ci sont orientés vers la terre et non vers le ciel.
Les jambes (symbole de la marche vers le ciel) se terminent eux aussi en feuillages dirigés vers le sol.
Bras et jambes se nouent .

Dans l'espace entre bras et jambes le sculpteur a placé une feuille symétrique à celle dirigée au sol mais tournée vers le ciel, tout n'est pas mauvais il y a espoir à progresser et cette feuille pousse sur la jambe!
La jambe symbole de marche vers le ciel pour nos sculpteurs.

Le sculpteur pour s'assurer de la compréhension du chapiteau à ne pas confondre avec une sirène ( symbole d'éternité au paradis ou communauté de martyrs et de saints) a placé bien en vue un symbole très phallique à l'emplacement du sexe.
Le personnage possède donc les attributs des deux sexes, j'y vois l'allégorie du couple.





Ces deux chapiteaux à gauche du porche évoquent la procréation.
Ce n'est pas la représentation de la luxure mais tout simplement la vie que l'on peut qualifier d'animale
car sans orientation spirituelle.
Il s' agira de convertir tout cela bien sûr!


Remarque: cette allégorie du couple me semble unique
dans l'art roman.
Chapiteau de St Julien du Serre Un personnage au visage humain mais doté d'une queue (La queue est le symbole de ce qui est profondément enfui en nous)
L'extrémité de cette queue est dans la bouche du personnage
Ce personnage contrôle par ses paroles voir ses prières ses mauvais penchants enfuis.
Une petite feuille orientée vers le ciel lui pousse sur un pied, c'est bon signe!
Il tient autour du cou son trésor spirituel ( rien à voir avec un avare)




Remarque: Un personnage humain avec une queue mangée par le même personnage me semble unique dans la sculpture romane.
Chapiteau de St Julien du Serre Dans l'angle une partie du chapiteau est cassée probablement suite a un choc au vu de la cassure qui n'est pas un burinage.

Je crois distinguer deux serpents entrelacés, l'un d'eux attaque le cordon qui supporte la bourse pendue autour du cou.

L'autre dont on distingue la tête attaque quelque chose d'indéterminé qui pourrait être le nez du personnage à l'extréminté gauche?


Chapiteau de St Julien du Serre


Ce chapiteau présente un personnage 
 en train de combattre ceux qui veulent s'en prendre à son trésor spirituel.



Ce personnage
a une  feuille orientée vers le ciel sur sa jambe
Il est en position de frapper
et prend de l'élan pour  asséner un coup de fouet, qu'il tient de ses deux mains ( dont l'une est brisée).
La trajectoire semble viser la partie cassée du chapiteau.
Les trois personnages représentés sont un seul en réalité ( c'est un stratagème des sculpteurs aux fins de présenter différents aspects d'un personnage)
















LES SCULPTURES de l' ABSIDE
Commençons par cette sculpture 
qui semble bien  d'une facture
et d'une époque antérieure.

Il manque une arche qui a été engloutie dans la sacristie et un renfort.


LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE

Deux oiseaux becquettent une croix.


Il s'agit ici probablement d'un réemploie au vu des trois pierres du dessous lesquelles ont été taillées à dessein pour l'intégrer au mur.

C'est probablement une pierre de dessus de  fenêtre à claustra d'une église antérieure.


Cette sculpture en bas-relief ne fait pas partie du programme du  XIIe mais ce n'est pas une raison pour l'ignorer
car elle est splendide!
LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE
 
J' y vois l' appel à la  conversion intérieure !




Des volatils qui se nourrissent au calice c'est un thème très courant, à une feuille c'est aussi très courant mais à la croix c'est une première pour moi.

La croix surmonte une voûte céleste
(qui correspond  à la trace de la partie supérieure d'une petite fenêtre.)

L'un des volatil becquette par dessous l'autre par dessus.

Les ailes  ne sont pas placées symétriquement.

 Remarquable: Les volatils ont des ailes qui leurs poussent aux pattes, comme pour les griffons qui souvent sont représentés au Xe ou XIe.

(Soit  il manque les épisodes précédents montrant le  léonin se transformant en griffon puis ici la  phase finale en  oiseau, soit le sculpteur veut rappeler le progrès spirituel )

Celui de gauche fait des contorsions; il a effectué ou effectue sa  conversion en se nourrissant au symbole de la résurection.
( Avant la fin du XIIe la croix n'a pas connotation de passion ou souffrances)
Celui de droite a déjà fait sa conversion, il consolide ses acquits  et est prêt pour aller au ciel, il a une patte sur la voûte céleste l'autre sur terre.
Remarque: La conversion  est l'unique vœux de la règle de St Benoît complété du  devoir d'obéissance à l'abbé.









Vu au musée bysantin d' ATHENES


Cela ne veut pas dire que la sculpture de St JULIEN soit aussi ancienne, mais seulement
que les orientaux représentaient en sculpture  des croix,
ce que l'on voit très rarement chez nous au XIe.

Par ailleurs ces sculptures en bas-reliefs ont perduré jusqu'au XIe.

Vu à VENISE ce Griffon en mosaIque

Certains voient dans l'image de tels  griffons  le symbole du Christ

Les autres sculptures de l'extérieur
Les chapiteaux sans tailloirs du chevet.

LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE Un léonin
(symbole de force virile à transformer en force spirituelle) avec la queue en position de maîtrise.(voir le glossaire)
Sa queue est une corde (symbole de communauté voir de couple)
Celle-ci se termine en fleuron orienté vers le ciel.
Sa patte est en  position de maîtrise sur une tige qui semble sous cet angle enlacée sur ce qui est le motif central du chapiteau, mais en réalité est ancrée dans le chapiteau lui-même.
(Symbole de l'église , aux sens propre et figuré )



LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE Le sculpteur  a bien marqué la non continuité entre la tige sur laquelle repose la patte
 et la feuille renversée.
En fait cette tige plonge dans la pierre c'est à dire l'église.
(Ce procédé est courant pour faire comprendre qu'il faut s'appuyer sur la communauté )

Cette feuille orientée au sol est un symbole de vie mais animale et non spirituelle.

Le personnage de droite est une femme qui  prend à pleine main la tige qui se termine en vie animale avec une pousse vers le ciel
LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE

Ce chapiteau montre:
 un homme et une femme en couple,
son rôle de procréation,
son intégration à la communauté ( la corde dans  la queue) ainsi que l'attachement l'un à l'autre comme le montre les tiges entrelacées.
La double cannelure des tiges renforçant cette idée.

Le serpent est refoulé dans un coin
Des tiges  entrelacées, l'une prend racine dans l'église, l'autre dans la relation procréatrice.

Ce couple donne la vie terrestre mais  pas seulement comme le montre les feuillages orientés au ciel et la tige liée à l'église.
Leurs enfants seront utiles à  l'église et au seigneur local, les deux ont besoin de bras.
Ce personnage rappelle la femme du porche.
Même corsage ou plastron
Elle a des  seins  plus marqués
(nombreuses maternités ?)
Le sculpteur montre le même objet au bas-ventre
mais tourné vers le haut cette fois!
et il le place semble t-il en cage ?


(celui de la femme du porche retourné de 180 °)
L'autre main du personnage tient la  tige qui prendrait  racine au niveau de la ceinture.
Pourquoi trois fentes ou trois éléments de sinusoïde au niveau du bas-ventre ? Trois enfants viables par couple ?
Serait-ce  une incitation ou une limitation?
Pourquoi l'absence de jambes, pas assez de place?
Pas encore digne de marcher vers le ciel?
Ou bien ces deux tiges sont les jambes comme pour la scène du portail?

A droite on peut distinguer un serpent qui descend de la tige et retourne au sol. Il semble avoir perdu la partie!.
La femme l'ignore et s'en tient aux tiges se terminant en feuilles orientées vers le ciel signe de promesse de vie éternelle.

C'est l'évocation dans toute sa splendeur de la vie intime du couple, bref de la procréation.
L'orientation des feuilles confirme  que cette scène  n'est pas du tout négative.
LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE Une bestiole maléfique grince des dents pour menacer.

Son visage est humain.

Sa queue n'est plus en forme de cordon mais du type écailleuse.

Il tient dans  ses pattes un quadrupède en signe de domination.
Il domine bien l'animalité sans traces de spirituel !

LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE
Ce quadrupède a aussi un visage humain.
Ses pattes antérieures sont tenues par un personnage.

En bas un dragon ailé se réjouit de la situation.
LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE

Le sculpteur nous montre un homme, probablement un clerc ou un notable local
qui se cramponne autant à l'animalité qu'à ce qui pourrait-être la spiritualité.

Le rapport de force semble inégal, et le petit monstre a des raisons de se réjouir.

Il y a espoir car le dragon n'est pas montré en position de dominance.

L' âme de ce personnage important  n 'est pas encore acquise aux forces démoniaques.
Le visage de ce personnage est assez abîmé.
Il porte chaussons et cape, ce n'est pas un paysan!
D'un main (ses actions) il tient un animal par les pattes et de l'autre  un objet difficilement identifiable.
Peut-être un livre ?


Comme dans toutes les scènes ces trois représentations sont les différents aspects de l'âme d'un seul personnage en proie avec ses choix.
L'animalité revendiquée par le Malin
La recherche de la spiritualité dans les écritures saintes, s'il s'agit d'un livre.


Ors ce n'est pas tout ,il nous reste encore un tailloir isolé

LES SCULPTURES de l'église St JULIEN du SERRE

Rappelle t-il le motif
de la ceinture au niveau du bas-ventre?
Voici le seul et unique tailloir sculpté de cette église.

Il semble à sa place car il y correspond exactement.
L'absence de chapiteau dessous semble d'origine.







Les autres petits chapiteaux sur les colonnes de la  fenêtre centrale:

Les autres sculptures L'arc trilobé indique une construction tardive dans le XIIe.

Il n'y a pas de modillons sur la corniche du chevet ou bien ils ont disparu lors d'une restauration.


Vie terrestre par les cheveux, dans un environnement de vie spirituelle.

On retrouve notre personnage
dans un décors de feuillages
donc plein de vie.
Feuillages horizontaux ou vers le ciel

Sauf pour la chevelure  symbole du viel homme ou de luxure


A gauche la vie animale et à droite la vie spirituelle.

A gauche une composition florale qui évoque la partie centrale du premier chapiteau du chevet avec cette feuille tournée vers le sol fermée par un lien au dessus.

A droite le personnage s'est mué en oiseau.
les portes du ciel lui sont ouvertes.

 


Les  chapiteaux de l'intérieur





Vue générale du choeur Vue générale depuis le balcon.
Une femme sous un dais. Vêtue d' une cape
Elle prie les mains jointes.


Probablement la Vierge ou une sainte montrée en exemple

Un ange sur un tabouret c'est inhabituel!

Les anges en Ardèche avaient-ils beaucoup à faire pour être si fatigué !!!

L'ange désigne la femme.






Un personnage nu (l' âme du personnage).
Celui-ci contrôle sa marche vers le ciel
(Sa main sur sa jambe_voir le glossaire)
Des feuillages signe de vie nouvelle l'entoure et même le porte.
Il s'agit de l'âme de notre personnage habituel.
(L' objet tenu par l'âme dans sa main gauche
reproduit le même stratagème de non continuité dans les tiges déjà vu à l'extérieur)
Cela semble être une tige,  probablement le même  rameau que celui que tient également le personnage à droite.
( difficile à voir sur la photo ?)
Est-ce une béquille?
Est-ce un rameau ?


RAMEAUX: Ce personnage veut ou a gagné le droit à la vie éternelle.
Son âme est dans la vie nouvelle.

Ou bien ce personnage marche vers le ciel avec des béquilles.
Notre personnage de l'extérieur se retrouve ici.
Il est en génuflexion semble t-il.
On distingue probablement son pied droit et son genou gauche au sol.

Des feuillages l'entourent notamment ceux qui prennent naissance vers son cou.

Il se tient le rameau en commun  (ou la béquille) avec sa main droite
et à une  tige en feuillages ou une autre  béquille de l'autre

(manque la photo du coté !)

Comme il y des feuillages vers le ciel et le terrestre et comme les béquilles sont difficilement identifiables je propose deux interprétations possibles:
Notre personnage encore.
Sa tête se trouve dans le signe du Bélier
Ce signe est celui du printemps, du renouveau
Les feuillages confirment.
Toujours notre personnage.
A droite on voit qu'il a une  tonsure.

Bizarre! Cependant à l'époque l'église acceptait
des hommes mariés comme clercs, moines ou autre.

Mais en même temps l'église dénonçait à l'occasion des conciles le mariage des prêtres.

Le sculpteur fait-il un clin d'œil à la coiffure de l'ange et incite l'homme après avoir fait des enfants à vivre comme un ange ou un moine ?



C'est le parcours spirituel
Ce personnage est dans des rinceaux.
Il surmonte des épreuves pour gagner son ciel.
(Voir rinceaux dans le glossaire)
Ce chapiteau est un clin d'oeil au chapiteau du porche avec la femme aux membres feuillages orientés au sol.
Ici les feuilles sont tantôt vers le ciel (spiritualité) tantôt vers le sol (rechute)


Cela exprime la vie nouvelle une fois les épreuves surmontées
100% spirituel !.
Plein de symboles perdus.

même chapiteau
L' on retrouve le couple qui était le thème des chapiteaux extérieurs du chevet.

La femme est sereine, assez passive.
(Imite t-elle la vierge?)
Ses mains sur ses genoux sont aussi signe du contrôle de sa marche vers le ciel
L'homme contrôle également sa marche vers le ciel.
(Il tient son pied -ou ses pieds_dans sa main_
voir le glossaire)


Une fois dominés les instincts, il faut veiller à ne pas rechuter.

L'ensemble des chapiteaux me semble être un appel de l'église à l'union du couple dans la sainteté.

(Le sacrement de mariage est dans l'air du temps et va être inventé au Concile de Lyon en 1274)

Le monstre démoniaque sur le même chapiteau
ne domine plus ce couple.

Ses pattes sont dans le vide.

Sa gueule menace seulement.

Le monstre veille et attend la rechute.
C'est un appel à la vigilance.







Les  chapiteaux du transept face au chœur.

le retournement ou conversion

La conversion intérieure
C'est la ondition nécessaire pour gagner le ciel


Des personnages nu donc des âmes.

Elles sont en train d'effectuer leurs retournement ou conversion intérieure.

Les mains se cramponnent à l'astragale, un morceau de pilier de l'église au propre et au figuré.
( voir retournement dans le glossaire)
Le retournement consiste à élever vers le ciel les parties terrestres de notre individu.

C'est une autre manière d'inciter les couples ou le moine à la sainteté.

Les aigles

L'âme  comme l'aigle  doit s'élever dans les cieux.

Des aigles

Ils volent très haut dans le ciel
et comme les saints sont proche de Dieu !



Voilà les chapiteaux ont bien parlé !

Cette église offre des chefs d' œuvres de créativité!
Des cas uniques probablement:

Une croix que des  pseudo-grifons becquetent
Un ange tranquille sur sa chaise
Une allégorie du couple évoquant une sirène
La queue sur un personnage humain
Celle-ci  maîtrisée dans la bouche du même personnage
Le couple homme et femme représenté  maîtrisant sa sexualité

vue depuis l'église de ST Julien du Serre

Vers le glossaire

Vers ailleurs qu'en SAINTONGE

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