Un matin, de
très bonne heure,
le loup se trouva aux Trois-Planchous...
Assis au bord du chemin,
il était là, à
réfléchir,
quand tout à coup, il voit, antre ses pattes, un
crapaud qui sortait de terre.
— Or ça !... lui dit-il, tu te
lèves bien tôt...
— C'est vrai,
répond
l'autre, mais toi, tu t'es bien levé
avant moi...
Et le loup de penser qu'avec cette petite bête il pouvait
essayer de faire son malin.
— Si nous faisions la course tous les deux, dit-il,
jusque
par là-haut, à la
Croix-d'Auriol.
sur le puy des
Barcives ?...
Ça nous dégourdirait
les jambes. Avant
de répondre, le crapaud
réfléchit un instant...
— Écoute... ce matin je n'ai pas le temps... Mes amis
m'attendent
pour déjeuner. Mais reviens demain, à cette
heure-ci...
Et nous la ferons...
— Eh bien !... à demain, soit, dit le
loup.
Et il s'en va satisfait.
Le crapaud, alors, s'empresse d'aller trouver son cousin qui habite un
peu plus haut.
— Écoute-moi, cousin... si tu veux m'aider, je t'assure que
nous
jouerons un fameux tour à cet imbécile de loup.
— Et que me faut-il faire ?
— Le gaillard veut que, demain matin, nous fassions tous les
deux
la course, jusqu'à la Croix-d'Auriol... Va-t-en,
aujourd'hui,
jusqu'à cette croix, et demain, quand il y arrivera, tu
crieras
« clou clou... ». Il croira que c'est moi, et que
je suis
arrivé avant lui... Il sera bien attrapé !..
Et le cousin de partir aussitôt.
( Ah !... loup, se dit le crapaud, tu as voulu t'en moquer de
la petite bête, mais tu vas voir...!)
Le lendemain, au petit jour, le loup était là.
— Alors, nous la faisons, cette course
?...
— Je t'attends !... Où veux-tu passer ?... Sur
terre ou sous terre ?...
— Oh !... moi je veux passer sur terre...
— Eh bien !... moi je passerai dessous.
Et le loup de partir, à belles enjambées. Il
croyait bien
gagner... Mais en arrivant à la croix : " clou ! clou !"...
Le cousin qui ressemblait à l'autre cousin
était là !...
— Ah !... bougre, dit le loup, tu m'as eu, cette fois... Mais
tu vas voir en descendant...
Et il s' en retourne, en faisant de grands sauts...
En arrivant aux Trois-Planchous, " clou clou " !
Le crapaud était là.
— Encore ... se dit le loup.,. Je n'y comprends plus
rien... Recommençons, pour voir.
Ce fut toujours la même chose.
A la Croix-d'Auriol, «clou !, clou .!.».
Aux Trois-Planchous, " clou ! clou !... »
A la fin, le loup ne voulut plus rien savoir.
— J'abandonne... dit-il. Cet animal de crapaud s'est
moqué de moi... Je suis harassé...
Et le crapaud de rire en le regardant s'en aller, traînant la
patte, et baissant la tête .. Il l'avait bien fait courir,..
Ainsi, le loup ne reviendrait plus l'embêter.
Et mon conte est dit...