L'église d'ARCES sur GIRONDE
en SAINTONGE


Texte intégral de Charles CONNOUË
Photos d' Alain DELIQUET


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"Site Belle Saintonge"

Commune du Canton de COZES (à 5 kilomètres au Sud-Ouest de Cozes et à 30 kilomètres de Saintes)

ARCES sur Gironde.

La très intéressante église d'ARCES est curieusement bâtie sur le bord extrême d'un haut escarpement rocheux de sorte que le chemin direct qui conduit à la porte d'entrée est une suite de paliers en pente coupés de marches de pierre. Au bas de cet escarpement jaillit une abondante source toujours  utilisée depuis les Romains. Aux premiers siècles de notre ère Arces était, en effet, une citadelle romaine dépendant de l'important centre de Tamnum.

L'église a été classée Monument Historique le 19 janvier 1911. Construite au XIIe siècle (de 1140 à 1170 précise Dangibaud) elle a été profondément modifiée trois cents ans plus tard et a subi par la suite d'autres transformations, notamment au XVIIe et au XVIIIe siècles. Il semble que cette église (dédiée à Saint Pierre) ait remplacé un édifice antérieur (dédié à Saint Martin). Quelques chapiteaux pourraient provenir de cette ancienne construction.

Église d'ARCES-sur-GIRONDE

Longtemps l'église d'Arces fut sous la dépendance de l'abbaye de Vaux. Des chartes du Moyen Age fixaient d'une manière précise les curieuses relations de l'abbé de Vaux et du Curé d'Arces.
La porte d'entrée franchie, quatre marches descendent sous une tribune de bois dans une nef de grande hauteur et très courte, mais qui avant le XVIIIe siècle, date de la construction de la façade, comptait une et peut-être deux travées de plus que les deux actuelles. Ces deux travées voûtées en 1703 en berceau brisé sont limitées à l'orient par un arc en tiers-point porté par des colonnes faisant large saillie sur l'intérieur.



Au delà se développe le carré du transept sur lequel s'élève le clocher. Ce carré est limité par quatre piliers massifs dissemblables formés d'assemblages de hautes colonnes terminées par des groupes de chapiteaux.

église d'ARCES sur GIRONDE

Du milieu de ces groupes partent quatre colonnes courtes et massives, une dans chaque angle, qui reçoivent les retombées de puissants arcs doubleaux à section rectangulaire et aux arêtes amorties en tores. Ces arcs se réunissent à leurs sommets autour d'un cercle dont le centre évidé forme trou à cloches et supportent une coupole, ni sur trompes, ni sur pendentifs, mais qui, carrée à sa base s'arrondit tant bien que mal en s'élevant vers la circonférence du sommet...

Le transept refait au XIVe siècle a ses bras hauts et vastes voûtés comme la nef en berceau brisé. Des absidioles agrandies au XVIIe siècle et transformées en chapelles latérales ouvrent dans le choeur par deux grandes baies gothiques percées dans des murs romans qui portent encore deux arcs en plein-cintre et un doubleau se rejoignant sur deux chapiteaux de même époque. Ces chapelles voûtées en ogive avec formerets, éclairées par deux fenêtres coupées d'un meneau, sont plus longues que le choeur et débordent sur l'abside demi-circulaire, de sorte qu'une partie des murs jadis extérieurs sont aujourd'hui à l'intérieur du chevet gothique avec leurs fenêtres à colonnettes et leurs tores et cordons romans.
Les deux travées très courtes du chœur sont séparées de l'abside, elle-même de petite dimension, par un arc en tiers-point reliant des colonnettes à chapiteaux.

église d'ARCES sur GIRONDE

Cette  abside  en   hémicycle  décorée  de  cinq  arcades, mais  qui   n'a que  trois  pans dont deux incomplets à l'extérieur, est une œuvre remarquable. Elle constitue l'élément le plus intéressant de l'édifice. Malheureusement elle est partout recouverte, même les chapiteaux, de peintures multicolores et... agressives qui en modifient l'aspect et rendent difficile l'examen des détails. Ces chapiteaux d'un roman très pur sont cependant dignes de retenir longuement l'attention. Leur diversité est telle que la plupart des motifs en honneur dans l'ornementation de cette époque s'y retrouvent :

pesée des âmes à ARCES

 « Pèsement des âmes ;

(Remarquez qu'il s'agit non d'une seule âme mais d'un couple comme dans l'église haute de Saint-Eutrope de Saintes et Lanobre dans le Cantal)

serpents maîtrisés à ARCES

 Mommes aux serpents;
(chapiteau que l'on retrouve à NIEUL-les-SAINTES et LA CLISSE)

ARCES sur GIRONDE

carnassiers aux prises avec des oiseaux de proie perchés sur leurs dos (moins bien traités qu'à Saint-Eutrope de Saintes), dragons, monstres, feuillages, arabesques, etc... D'un de ces chapiteaux (près de la fenêtre axiale de l'abside du côté droit) Ch. Dangibeaud a dit qu'il était l'un des plus fantastiques que l'on connaisse en Saintonge ». Il serait une représentation de l'enfer, mais il est précisément de ceux que la peinture empâte et où il n'est presque plus possible de discerner les personnages.

Vue de l'intérieur, cette abside voûtée en cul-de-four, est garnie de cinq fenêtres dont une seule, la médiane est percée. Six colonnes montant du sol les séparent et supportent une arcature en plein-cintre aux angles amortis de gros tores. Trois de ces fenêtres sont ornées de colonnettes à chapiteaux. Un cordon sculpté court au-dessus des cintres et se continue sur les murs du choeur.

ARCES sur GIRONDE

A l'extérieur elle paraît enclavée, enrobée dans le mur plat du chevet gothique d'où n'émerge que l'extrémité de la demi-circonférence romane. Ce que l'on en voit est fort beau : contreforts composés de trois colonnes séparées par des cordons sculptés, fenêtres aux cintres décorés, surmontés d'arcs aux voussures finement travaillées, le tout couronné d'une corniche reposant sur des chapiteaux et des modulons très historiés d'une bonne composition.
Le  clocher   octogonal  recouvert  d'une  toiture   pointue en  ardoise   est  du   XIIe siècle.
Une tour d'escalier coiffée d'un élégant pyramidion l'accompagne au Nord, auprès se remarquent d'insolites colonnes accolées aux murs.
En 1703, époque où de nombreuses réparations furent entreprises, l'église menaçait ruine. Le roi accorda cinq cents livres et les habitants furent requis d'apporter leur part à ces travaux indispensables et urgents. Ils répondirent qu'ils étaient pauvres, surchargés d'impôts et ils implorèrent la charité du roi promettant de... " prier pour lui, pour l'intendant et pour tous les bienfaiteurs. " !

____________________Fin du texte de Charles CONNOUË 

Les églises de SAINTONGE
livre 1 épuisé

édition: R.DELAVAUD (Saintes)

avec leur aimable permission._______________________________


 

"Faisons parler les chapiteaux d'ARCES sur GIRONDE
ou du moins essayons ..."


ARCES sur GIRONDE

Des chapiteaux nus, probablement un acte délibéré pour représenter le NÉANT,
la MORT SPIRITUELLE.


Tout en haut un chapiteau montrant :
Sur le tailloir des dents de scie en opposition : ce symbole annonce la mort spirituelle.
La corbeille du chapiteau présente dans les angles supérieurs des pseudo fleur de lys
qui symbolisent les attributs masculins.
(Ce symbole se retrouve à AULNAY, à LA VALLÉE et surtout à FENIOUX avec des évidences)
Juste en dessous de chacun des motifs une feuille fendue assez explicite.

Probablement un chapiteau qui parle de l'acte de chair et de luxure,
ce qui justifie la mort spirituelle dans les deux chapiteaux juste en-dessous
car au XIe la chasteté est assimilée à la sainteté.

Les choix sont proposés de part et d'autre des deux chapiteaux nus situés sous la colonne portant ce chapiteau:

A gauche prennent naissance dans l'astragale trois feuilles creuses nouées et orientées vers le ciel,
ce sont des symboles de la chasteté.
Entre elles des tiges naissent et forment une sorte de cage.
(Thème qui se retrouve à AULNAY et au musée des Augustins de Toulouse)

Ces tiges se terminent en feuillages dentelés qui s'ourlent, symbole de spiritualisation en cours.
C'est la voie vers la chasteté.

A droite sous un tailloir en rinceaux (les épreuves salvatrices)
Remarquez les fleurs de lys dans les rinceaux !
La scène du combat spirituel.
Des quadrupèdes (côté animal de l'âme) en combat intérieur avec des volatiles (côté spirituel)
Le côté spirituel semble dominer la situation.
Le plus, une autre invention à ARCES : l'oiseau qui semble couver sur l'astragale (l'Église).
Une naissance spirituelle en vue !
C'est la voie vers le spirituel.

Si vous ne choisissez pas ces voies, restent alors le NÉANT, le VIDE
la MORT SPIRITUELLE.


la pesée des âmes à ARCES

Sous un tailloir en rinceaux composés de fleurs de lys (connotation sexuelle) :

La pesée des âmes ou plutôt des actions.
Ce chapiteau intérroge.

Les âmes (personnages nus) attendent derrière l'ange qui pèse.
Le démon tricheur est présent.(*)

Est-ce Adam et Ève?
Est-ce un couple considéré comme ne faisant qu'un ?
(Le sacrement de mariage ne sera décrété qu'au XIIIe siècle, le sujet faisait-il déjà débat ?)

N'est-ce pas plutôt un choix de vie proposé aux couples :
Couple, accrochez vous à l'ange (recherchez l'esprit)
 plutôt qu'aux forces maléfiques (la recherche des plaisirs) ?

Les pères de l'Église ont dénaturé le texte de la Genèse lorsqu'ils ont fait d'Ève
celle qui propose le péché de chair à Adam.
L'arbre de la connaissance du bien et du mal, qui fut réhabilité depuis,
ressemblait plutôt à la découverte de la luxure à l'époque.


A mon humble avis cette scène n'a rien à voir avec le jugement immédiat et la perspective du purgatoire comme le laisse croire l'Église...
La présence d'un couple se retrouve dans d'autres lieux, en particulier à Saintes sur le chapiteau du transept nord.

(*) Autre hypothèse très misogyne, ce n'est pas le démon tricheur mais la femme qui est présentée comme telle,
après tout c'est bien elle qui a écouté le serpent ...
La femme a la fin du XIIe devient la tentatrice et elle prend un caractère foncièrement négatif...

Ces interprétations sont assez incertaines mais l'Église n'a pas fait beaucoup d'efforts pour rétablir leurs symbolique.
 


A visiter aux alentours d' ARCES-sur-GIRONDE :


Cette carte vous sera offerte dans les Offices de Tourisme de la Charente Maritime_Voir cartes touristiques sur ce site.

  • Les plages de RONCES-les-Bains à Saint Georges de Didone
  • La forêt de la COUBRE
  • Le phare de CORDOUAN au départ de ROYAN
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